Elie Castor Wahrol

Le 16 juin 1996, il y a tout juste 20 ans disparaissait Elie Castor, figure emblématique de la politique guyanaise de ces 40 dernières années.

Après des études de droit et quelques années à servir dans la police dans l’Hexagone, il revient en Guyane. Il décide de se tourner vers l’enseignement. Il devient  animateur-formateur au  Centre de Formation des Personnels Communaux (futur CNFPT), non sans avoir fait ses premières armes dans la gestion d’une collectivité en tant que Secrétaire Général de la Mairie de Mana.

De la gestion administrative à la gestion politique d’une collectivité, il n’y a qu’un pas qu’il franchit en se présentant devant les électeurs. Il  enchaîne les victoires: conseiller général du Canton de Sinnamary en 1976, il remporte la Mairie l’année suivante. Il restera à la tête de la commune pendant près de 20 ans. Nouvel homme fort de la gauche autonomiste, il accède en 1979, à la Présidence du Conseil Général. Il y demeurera durant 12 ans. Il  marquera la Guyane de son empreinte de bâtisseur dans la décennie charnière des années 80 avec une multiplication de nouvelles constructions : les collèges,  le CHAR, la création des centres de santé …

Député à partir de 1981,  il défendra toujours avec âpreté et conviction les intérêts de la Guyane. Ainsi, il propose:

  • La création d’un office régional de l’immigration
  • La mise en place une banque régionale de développement
  • L’instauration d’un fonds régional pour les transports intérieurs en Guyane
  • L’accroissement de la lutte contre les insectes vecteurs de maladies.
  • Mieux répartir le foncier de l’Etat dans le département.  Faire que la terre de Guyane soit dans les mains de ceux qui veulent la travailler. Une lutte que l’on doit encore continuer à mener.

Il se battra pour faire évoluer la régionalisation et la décentralisation dans les Outre-Mer qu’il estime inachevées et dont il perçoit les limites.

  • Des ressources budgétaires inadaptées au regard des défis à relever : il réclame à plusieurs reprises davantage de crédits pour assurer le développement économique et social des Outre-Mer.
  • Une autonomie de gestion des investissements au niveau local encore largement perfectible : il demande le transfert au Conseil Régional des ressources du FIDOM (Fonds d’investissement pour les départements d’outre-mer), du fonds routier et de l’octroi de mer.
  • Une superposition sur un même territoire de deux collectivités qui se révèle parfois contreproductive: il en appelle maintes fois à la fin de cette dualité institutionnelle. A l’occasion de la Déclaration du Gouvernement sur l’ « Egalité Sociale et le Développement Economique dans les Département d’Outre-Mer », il invite les Ministres à proposer au Parlement un projet de loi octroyant à chaque DOM un statut particulier en concertation avec les assemblées locales existantes.

Il soutiendra les grandes avancées des différents gouvernements socialistes  dont nous, citoyens du XXIè siècle,  bénéficions toujours des bienfaits:

  • l’abolition de la peine de mort.
  • la libéralisation des radios.
  • Le remboursement de l’IVG
  • la loi Gayssot qui condamne tout acte raciste ou xénophobe
  • la réforme du statut de la Corse, qu’il vote en tant que partisan de l’autonomie.

Elie Castor fut l’un des premiers à saisir avec acuité la mesure de notre territoire qui doit se concevoir, au regard de ses réalités, non comme un département mais comme un véritable pays. Il chercher à le doter des institutions, des structures et des infrastructures à même d’en assurer le développement et de garantir le bien-être de ses populations.

Dans les travées de l’Assemblées nationale, à la tête de la Présidence du Conseil Général ou de sa chère Mairie de Sinnamary, Elie Castor a toujours défendu avec ardeur ses convictions, sa vision de l’évolution de son territoire. Parfois avec heurts, bien sûr. Gouverner c’est trancher et rien ne se fait sans opposition.  Toujours avec cœur, car la détermination est essentielle pour que naissent les plus beaux succès. Et le plus souvent en sachant fédérer les énergies autour de projets. Cette vision, ces convictions, cette détermination et cette capacité de rassembleur font d’Elie Castor, une des figures politiques majeures de la Guyane, qui mérite qu’enfin un tel hommage lui soit rendu.